Le Salon International du Bâtiment (SIB) revient pour sa 20ᵉ édition, du 25 au 29 novembre 2026 au Parc d’Exposition Mohammed VI d’El Jadida. Un rendez-vous biennal du bâtiment, de la construction, de l’urbanisme, de la décoration et de l’immobilier au Maroc. Plus de détails dans cet entretien avec M. Abdelhay Bencherif, président du Groupe 10 Rajeb, un acteur de référence de longue date du secteur.
La Nouvelle Tribune : De prime abord, pouvez-vous présenter le Groupe 10 Rajeb ?
M. Abdelhay Bencherif : Le Groupe 10 Rajeb s’inscrit dans une histoire industrielle marocaine construite autour de la maîtrise des métiers de la menuiserie, de la transformation du bois et de l’aménagement intérieur. Nous intervenons notamment dans les portes intérieures et techniques, les cuisines, les placards, les dressings et les solutions d’agencement. Mais au-delà de notre portefeuille de produits, ce qui définit aujourd’hui notre groupe, c’est une conviction : le Maroc doit pouvoir compter sur des industriels nationaux capables d’allier la finesse d’un savoir-faire historique à la rigueur des meilleurs standards internationaux. Notre projet consiste précisément à accompagner cette montée en gamme, par l’investissement productif, la structuration de nos métiers et le développement du capital humain. Nous voulons bâtir une entreprise qui ne se contente pas de répondre à la demande, mais qui contribue à élever durablement les exigences de son marché. C’est une vision de long terme, fondée sur la qualité, la crédibilité industrielle et la création de valeur au Maroc.
Qu’attendez-vous de votre participation au Salon International du Bâtiment cette année ?
Le SIB est bien davantage qu’une vitrine commerciale. Sa vingtième édition, qui marque quarante années d’existence, intervient à un moment où la filière du bâtiment doit réfléchir à sa transformation. Nous y venons avec l’ambition de dialoguer avec l’ensemble de l’écosystème, architectes, promoteurs, donneurs d’ordre, partenaires techniques et institutions, sur les nouvelles exigences de qualité, de performance et de durabilité. Nous souhaitons y affirmer la capacité d’une industrie marocaine à proposer des solutions élaborées localement, techniquement exigeantes et adaptées aux besoins de projets de plus en plus complexes. L’enjeu est également de construire des partenariats en amont des projets, car la compétitivité ne se résume pas au prix d’achat : elle se mesure à la fiabilité, au respect des délais et au coût global dans la durée. Pour nous, le salon doit être un lieu d’échanges stratégiques et d’opportunités concrètes, au service d’une filière nationale plus intégrée.
Quel regard portez-vous sur l’état du secteur en 2026 ?
Il faut porter un regard à la fois confiant et lucide. Le Maroc bénéficie d’une dynamique d’investissement, de modernisation des infrastructures et de préparation de grandes échéances qui ouvre des perspectives réelles pour les métiers du bâtiment. Mais cette dynamique ne doit pas masquer les contrastes du marché : la conjoncture reste sensible au financement, au pouvoir d’achat, aux coûts des intrants et aux délais d’exécution. Les dernières données disponibles montrent d’ailleurs que la croissance de la construction s’est modérée au deuxième trimestre 2026. Ce constat nous invite à distinguer le volume d’activité de la solidité structurelle du secteur. Le véritable enjeu des prochaines années sera de transformer les grands chantiers en capacités industrielles durables, en compétences et en valeur ajoutée locale. Cela suppose davantage de normalisation, de formation, de productivité et une meilleure articulation entre maîtres d’ouvrage et industriels. Nous avons une fenêtre d’opportunité importante ; elle doit servir à construire une filière plus résiliente, et pas seulement à répondre à un pic de demande.
Dans ce contexte, comment se porte votre groupe ?
Nous abordons cette période avec une ambition affirmée, mais aussi avec la discipline qu’exige toute trajectoire industrielle sérieuse. Notre priorité n’est pas de rechercher une croissance à n’importe quel prix : c’est de renforcer les fondamentaux qui la rendent soutenable. Le groupe bénéficie d’une dynamique d’investissement destinée à moderniser l’outil de production, consolider l’organisation, développer les compétences et améliorer la qualité de service. Nous voulons gagner en capacité d’exécution, en régularité et en agilité, tout en préservant ce qui fait notre identité : le soin du détail et l’exigence du travail bien fait. Notre positionnement s’appuie également sur une démarche de certification et de conformité à des référentiels internationaux, qui constitue un véritable facteur de différenciation. Nous regardons l’avenir avec confiance, sans perdre de vue les impératifs de maîtrise des coûts, de gestion des risques et de satisfaction des clients. Une entreprise industrielle se juge sur sa capacité à tenir ses engagements dans le temps.
Dans quelle mesure les nouveaux outils numériques, notamment l’intelligence artificielle, peuvent-ils renforcer l’activité et la compétitivité du Groupe 10 Rajeb ?
L’intelligence artificielle ne doit pas être abordée comme un effet de mode, mais comme un instrument de compétitivité industrielle. Dans notre secteur, la donnée et les outils numériques peuvent améliorer la conception, optimiser les consommations de matières, affiner la planification, fiabiliser le contrôle qualité et mieux anticiper les besoins des chantiers. Le potentiel est considérable, à condition de partir des usages et de mesurer les gains réels. Nous privilégions une transformation progressive, cohérente avec nos processus et accompagnée par la formation des équipes. La technologie ne crée de valeur que lorsqu’elle est appropriée par les femmes et les hommes qui font fonctionner l’entreprise. À une échelle plus large, cette transition pose aussi une question de souveraineté productive : un pays qui maîtrise mieux ses données, ses méthodes de fabrication et ses compétences industrielles renforce sa capacité à créer de la valeur. Notre ambition est de conjuguer intelligence technologique et intelligence des métiers, sans jamais opposer l’une à l’autre.
Pour conclure, qu’attendez-vous du nouveau Gouvernement ?
J’attends avant tout de la lisibilité, de la continuité et une capacité d’exécution. Les industriels investissent sur des horizons longs ; ils ont besoin de règles stables, de procédures prévisibles et d’un environnement qui encourage la prise de risque productive. Les priorités me paraissent claires : faciliter l’accès au financement pour les entreprises qui investissent, accélérer la formation aux métiers techniques, simplifier les démarches, soutenir l’innovation et veiller à ce que la commande publique comme les grands projets puissent entraîner davantage de valeur ajoutée locale, dans le respect de la concurrence et des exigences de qualité. Il faut aussi accompagner les PME et les entreprises de taille intermédiaire dans leur modernisation, car la compétitivité d’une filière dépend de toute sa chaîne de valeur. Le projet de loi de finances 2027 ouvre naturellement un débat sur les moyens de concrétiser ces orientations ; l’essentiel sera leur traduction opérationnelle. Mon souhait est que nous passions d’une logique d’opportunités ponctuelles à une véritable politique de consolidation industrielle. Le secteur privé doit prendre sa part de responsabilité : investir, former, innover et tenir ses engagements. C’est dans cette complémentarité entre ambition publique et initiative privée que se joue la réussite économique du Maroc à l’horizon 2030 et au-delà.
Propos recueillis par Hassan Zaatit
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