On le savait, Netanyahou a la peau dure. Celui qui échappe à un mandat d’arrêt international de la Cour pénale internationale ne sera certainement pas enterré facilement. Et dans ce sens, les résultats des élections israéliennes sont une grande déception pour le camp des Palestiniens, de la paix, ou de la justice. Alors, Bibi a un genou au sol, mais son camp est bien plus vivant qu’espéré et rien ne garantit que la guillotine tombera.
Pourtant, quelque chose d’inédit et d’inattendu dans son ampleur vient bousculer le statuquo de la société israélienne. Parce que qui aurait parié, il y a encore un mois, que les citoyens arabes d’Israël, plus de 80% d’entre eux, ceux-là mêmes que la droite israélienne s’emploie depuis des années à rendre invisibles, deviendraient les maîtres des horloges de la Knesset ?
Alors que les trois quarts des urnes ont été dépouillés et que les résultats définitifs ne sont attendus que jeudi, dans les faits, le Likoud reste le premier parti, devant Yashar!, la formation de l’ancien chef d’état-major Gadi Eisenkot. Et, ni le bloc sioniste de Benjamin Netanyahou, ni celui de l’opposition n’atteint les 61 sièges nécessaires pour gouverner. Mais, entre les deux, comme un pied de nez du destin, se tiennent désormais la Liste unifiée et Ra’am, les partis des citoyens arabes, qui totalisent 19 sièges, du jamais vu dans l’histoire du pays.
Le plus ironique, c’est que Netanyahou a lui-même contribué à remplir ces urnes. Le jour du scrutin, il a multiplié les messages alarmistes, parlant d’« urgence » et accusant les électeurs arabes et la gauche de vouloir « voler l’élection ». À Jérusalem, des voitures pavoisées aux couleurs du Likoud diffusaient l’appel à la prière pour affoler les électeurs de droite. L’avant-veille, il prédisait qu’une victoire de l’opposition offrirait la citoyenneté à des centaines de milliers de Palestiniens. Le Likoud et le Sionisme religieux avaient annoncé le déploiement de quelque 2 000 observateurs dans les localités arabes, pendant qu’une directive policière autorisait les détenteurs d’armes à les porter dans les bureaux de vote. Le vieux ressort de la peur, qui avait si bien fonctionné par le passé, s’est cette fois retourné contre son auteur.
C’est donc bien là que Bibi a perdu, d’abord symboliquement. Mais aussi l’opposition menée par Eisenkot, qui a mené campagne en refusant de gouverner avec les partis arabes. Résultat, les deux camps vont tout tenter, y compris de créer des alliances adverses, même les plus inconfortables, pourvu qu’ils n’aient pas à intégrer les partis arabes à leur coalition. Tout cela dépeint une image très nette de la politique israélienne, qui si elle déçoit, n’étonne malheureusement personne. On peut quand même se satisfaire du fait qu’Israel est prise à son propre jeu, avec ses propres règles et qu’une partie du sort des Palestiniens de Gaza et de Cisjordanie soient entre les mains des Palestiniens de l’intérieur, citoyens d’un État qui ne leur a jamais concédé plus qu’une place de second rang.
Alors, Netanyahou dégainera surement une guerre contre l’Iran avec l’Oncle Trump, nul doute qu’il maitrise les fuites en avant. Mais, il ne pourra pas retirer les sièges arabes face à lui.
Un dernier espoir subsiste, puisque le 3 novembre, dans moins d’une semaine, les Américains votent à leur tour. Et, si Trump sortait affaibli des mi-mandats comme Bibi l’est de cette élection, le tandem qui a redessiné à coups de bombes le Moyen-Orient depuis deux ans, perdrait ses deux jambes à la fois. Toutes les cartes seraient alors rebattues, du sort de Gaza au dossier iranien.
Mais avec des « Si »…
Zouhair Yata
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