Le Maroc a investi, parfois massivement, dans les infrastructures numériques. Les réseaux se sont étendus, les plateformes se sont multipliées, les stratégies se sont succédées. Pourtant, une réalité persiste : l’inclusion numérique réelle avance doucement et moins vite que les ambitions affichées.
Aujourd’hui, être connecté ne signifie pas être inclus. Certains citoyens disposent d’un smartphone et d’un accès à Internet, mais restent en difficulté face aux services numériques (l’illectronisme), aux démarches en ligne ou aux opportunités économiques offertes par le digital. Sans accompagnement humain, le numérique devient un outil froid, parfois décourageant, souvent sous-utilisé.
Ce décalage révèle une limite majeure des politiques numériques actuelles : la technologie a été pensée plus vite que l’humain. Or, l’usage ne se décrète pas. Il s’apprend, se construit, se transmet. Et cela ne peut se faire ni uniquement depuis les administrations, ni uniquement depuis le terrain associatif.
Le Maroc dispose pourtant de deux forces complémentaires. D’un côté, des instituts étatiques dotés de vision, de moyens, de cadres réglementaires et de leviers nationaux. De l’autre, certaines associations crédibles, enracinées dans les territoires, proches des citoyens, capables de pédagogie, de médiation et de confiance. Le paradoxe est que ces deux mondes travaillent encore trop souvent en silos, parfois même dans la méfiance.
Cette absence de coordination n’est pas neutre. Elle engendre des plateformes peu utilisées, des programmes de formation sans suivi réel, et des citoyens laissés seuls face à la complexité numérique. À terme, le risque est clair : un numérique qui, au lieu de réduire les inégalités, les accentue.
Il est temps de changer de rythme et de méthode. Accélérer la synergie entre les institutions publiques et les associations sérieuses n’est plus une option, mais une nécessité stratégique. Cela suppose de reconnaître le rôle de la société civile comme partenaire à part entière, et non comme simple exécutant ponctuel. Cela implique aussi d’instaurer des mécanismes clairs de coordination, de financement ciblé, d’évaluation partagée et de continuité des actions sur le terrain.
À l’approche d’échéances structurantes pour notre pays, comme la Coupe du Monde 2030, le numérique marocain ne peut plus se contenter d’être performant sur le plan technique. Il doit devenir pleinement citoyen. Et cela passe par une alliance intelligente entre vision institutionnelle et proximité humaine.
Le numérique est un projet de société avant d’être un projet technologique. Tant que les silos persisteront, l’inclusion restera partielle. Le Maroc n’a plus besoin de nouvelles stratégies annoncées, mais d’une mise en cohérence urgente de ses forces vives. Autrement, le temps n’est plus au constat. Il est à l’action coordonnée.
