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mercredi, octobre 7, 2026

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Coalition gouvernementale : les coudées franches pour le PAM

Oui, c’est historique qu’une femme ait été nommée Cheffe du Gouvernement au Maroc. Comme on peut le lire un peu partout depuis cette annonce, d’autres femmes ont été en première ligne du pouvoir dans la longue histoire du Maroc de Kenza al-Awrabiya à Sayyida al-Hurra en passant par Zaynab an-Nafzawiyya. Mais, dans le Maroc dit moderne, notamment depuis l’indépendance, malgré les carrières brillantes et impactantes de nombreuses femmes marocaines à la tête d’institutions, au service de l’État ou dans le secteur privé, cette nomination en est quand même le point culminant.

Pour autant, FatimZahra El Mansouri n’est pas une novice, ni en politique, ni au service de la collectivité ou de l’État, et sa nomination est la conséquence « normale » de son parcours dans la mesure où le PAM a gagné les élections et que la Constitution la plaçait en position de candidate naturelle au poste actuel. Avocate de formation, première femme maire de Marrakech dès 2009, ministre dans le gouvernement sortant et coordinatrice de la direction collégiale d’un parti arrivé en tête avec 97 sièges sur 395, elle a gravi les échelons un à un. Ce n’est donc ni de la « positive action » à l’égard d’une femme, ni un séisme politique, mais la preuve si besoin que certaines choses avancent pas à pas dans notre pays.

Ce qui risque d’être nouveau en revanche, c’est la perception et les réactions des citoyens marocains, de la classe politique, des décideurs économiques avec leur lot de préjugés sur ce que doit être son action, ses compétences et ses décisions, non pas seulement en tant que Cheffe du gouvernement légitime mais en tant que femme. Chaque arbitrage, chaque hésitation, chaque coup de fermeté sera lu à travers ce prisme, là où ses prédécesseurs n’étaient jugés que sur leurs résultats ou n’étaient d’ailleurs même pas jugés. Pas sûr que sa tâche soit facilitée dans ce sens, mais seul l’avenir nous le dira.

Concernant la composition du nouveau gouvernement, ce qui semble acquis c’est d’abord la non-participation du RNI et compte tenu des tensions, reproches et attaques dont on a été témoins entre le PAM et le RNI qui faisaient partie du même gouvernement sortant, c’est rassurant quant au degré d’hypocrisie politique dont on est capable. Le parti de la Colombe s’était pourtant dit prêt à rempiler, mais la base du PAM, réunie en Conseil national à Skhirat, a fait passer un message limpide.

Le RNI dans l’opposition c’est en revanche un peu un oxymore et on n’imagine pas très bien à ce stade à quoi le parti décapité, tombé de 102 à 66 sièges, pourrait s’opposer, à part au PJD, le privant au passage du bénéfice d’être la vraie opposition vociférant contre le système. Avec ses 54 députés retrouvés, le parti de la Lampe devra donc partager les bancs et le micro, ce qui n’est pas précisément dans les habitudes de son Zaïm.

Ensuite, le PAM qui se réclame du centre gauche malgré l’appétence de certains de ses membres pour les affaires, semble se diriger vers une alliance avec ce que les plus jeunes n’ont pas connu, la Koutla 2.0, composée de l’Istiqlal, de l’USFP et du PPS, ce bloc né dans les années 90 et qui avait ouvert la voie à l’alternance. À eux quatre, ils totaliseraient 207 sièges, soit neuf de plus que la majorité absolue. Outre le cadeau fait à ces formations, de gauche notamment, qui rejoignent le gouvernement sans avoir particulièrement brillé aux élections, l’USFP et le PPS y ayant même laissé des sièges, cette composition indique certainement la teinte sociale des lourds dossiers que Mansouri aura à mener à bien pendant son mandat.

En effet, la réforme des retraites risque de nécessiter des débats houleux et des compromis inévitables avec les forces vives de la Nation, comme les syndicats, que la gauche côtoie traditionnellement plus. De même, la réforme de la Moudawana, qui est dans les tuyaux depuis un moment et qui est très attendue, nécessitera à la fois la mobilisation des milieux progressistes, et l’aval de ceux, plus conservateurs, qui gravitent historiquement autour de l’Istiqlal. À cela s’ajoutent l’emploi, la santé, l’éducation et le pouvoir d’achat, sur lesquels une jeunesse à qui elle dit vouloir « redonner espoir » attend autre chose que des promesses.

Mais surtout, en mettant le RNI sur la touche et en s’alliant à des partis tactiques, le PAM s’assure de garder la main sur le gouvernement et s’évite de subir trop de contradictions, de frictions ou de contrariétés au sein de sa majorité. Avec 97 sièges contre 65 à l’Istiqlal, 26 à l’USFP et 19 au PPS, le parti du Tracteur pèse à lui seul presque autant que ses trois partenaires réunis, là où il aurait dû composer avec un RNI fort de 66 députés et d’une solide habitude du pouvoir. Les coudées seront nettement plus franches dans cette configuration.

Encore faut-il savoir quoi en faire, parce qu’avec les mains libres, on n’a plus personne à qui imputer ce qui ne marche pas.

Zouhair Yata

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