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Assurance auto : pourquoi la hausse des tarifs et des franchises est inéluctable ?

Le secteur procédera à la refonte des procédures et des conditions de l’indemnisation rapide. La mise en place d’une centrale de sinistres est en cours pour traquer les multi-assurés et les multi-récidivistes. Les mesures seront bien réfléchies et ciblées pour ne pas porter préjudice au reste des assurés.

Les compagnies d’assurance vont très bientôt sévir contre la fraude dans la branche automobile. «Nous avons déjà préparé la riposte aux déclarations frauduleuses à travers une batterie de mesures qui seront appliquées à partir de 2019», annonce le président d’une grande compagnie de la place. Un directeur technique chez un autre assureur affirme qu’il est aujourd’hui établi que l’augmentation des déclarations de sinistres ne provient pas seulement de l’élargissement du parc (passé de 1,3 en 2006 à 3,7 millions de véhicules) et de son rajeunissement, mais aussi des pratiques frauduleuses d’une bonne partie des assurés : 17% en moyenne sur la période 2006-2016, dépassant la production de 4 points. Pour étayer ses propos, il cite l’étude sur la sinistralité réalisée en 2018. Sous la houlette de la Fédération marocaine des sociétés d’assurance et de réassurance (FMSAR), la profession a en effet commandé une étude au cabinet international Roland Berger pour y voir plus clair et s’assurer scientifiquement du poids de la fraude dans la hausse des sinistres. Les conclusions sont venues conforter les doutes des opérateurs.

Dans le secteur, l’on confie que parmi les mesures phares pour contrer le phénomène, la révision des tarifs n’est pas du tout exclue. Dans ce schéma, les compagnies vont jouer sur deux leviers. En premier lieu, la hausse des tarifs des garanties. «La majorité des couvertures serait concernée par la révision de tarifs puisque touchée par les déclarations frauduleuses», explique le directeur technique. Le directeur d’un cabinet de courtage confirme. Il explique en substance que si chaque année le secteur dénombre 15 à 20% de sinistres en plus, les primes n’évoluent que légèrement. Résultat, dit-il, il est indispensable d’augmenter les tarifs de toutes les garanties.

Par exemple, l’étude de Roland Berger fait apparaître que la multi-assurance (quand un assuré contracte la même garantie auprès de plusieurs compagnies pour aspirer à plusieurs remboursements) concerne 4% du total des assurés en RC, 9% en garantie tierce et dommages collision et 7% dans le bris de glace. Aussi, les multirécidivistes (qui déclarent plus de 3 sinistres par an) représentent plus de 20% des sinistres RC automobile et 9% des sinistres tierce et dommages collision et bris de glace.

Contrôle plus rigoureux

Le deuxième levier que les compagnies vont activer est celui des franchises. En effet, en augmentant les niveaux de franchises (aujourd’hui à 2 500 DH) une bonne partie des assurés ne vont plus déclarer les petits dégâts du moment que leur montant est bien en deçà de la franchise. Ce qui veut dire que les souscripteurs prendront en charge la totalité de la réparation.

Les assureurs insistent sur le fait que l’activation du levier de la franchise émane du fait qu’il s’agit d’un élément moralisateur qui responsabilise l’assuré et le pousse à surveiller son comportement de conduite, étant entendu que l’assureur ne prend pas en charge tous les sinistres. «La mission des compagnies est de couvrir les coups durs et non pas de faire de l’entretien», rappelle un directeur exécutif en charge des sinistres.
On se dirige visiblement vers un scénario similaire à celui de 2014, voire dans une version plus élaborée. Cette année-là, l’abus de l’utilisation des garanties annexes sur les dernières années avait poussé la majorité des compagnies à durcir leurs grilles tarifaires des garanties complémentaires en relevant le montant de la prime et le niveau de franchise. Plusieurs garanties optionnelles, telles que le dommage au véhicule, le bris de glace, la tous-risques et la mini-tierce (garantie dommage limitée) étaient concernées. De surcroît, la tous-risques a été supprimée pour les véhicules de plus de cinq ans, et les montants des franchises sont devenus indexés sur le nombre de sinistres (souvent l’assuré supporte un doublement de la franchise au deuxième sinistre sur la même année).

La troisième mesure en gestation a trait au durcissement des conditions d’indemnisation dans les centres de service rapide. Avec l’accélération des procédures de remboursement dans les check auto express, la vigilance et l’effort de contrôle des compagnies ont remarquablement diminué. «A partir de 2009, les sinistres provenant de ce circuit ont drastiquement augmenté», souligne le directeur technique. Pour inverser la vapeur, le secteur se dirige aujourd’hui vers la refonte des process et des conditions d’indemnisation en instaurant des garde-fous. Il est confié que le nombre de sinistres pouvant être indemnisés via ces centres sera limité, sachant que quelques compagnies le font déjà (au bout de la 3e déclaration, l’assuré doit se tourner vers la procédure normale).

Les multi-récidivistes dans le collimateur des compagnies

Enfin, face au poids des multi-récidivistes et des multi-assurés qui représentent 9% des souscripteurs et sont à l’origine d’environ 20% des sinistres du secteur, les compagnies sont bien avancées dans la mise en place d’un dispositif commun au secteur pour l’identification et le suivi des cas de fraude. Une sorte de centrale de sinistres dont le but est de rendre efficace les efforts de ciblage. Les bases de données des compagnies seront ainsi partagées afin de pouvoir détecter les assurés ayant déjà souscrit des contrats d’assurance automobile ou déclaré plusieurs sinistres au cours de la même année. En mettant en place ce dispositif, la profession semble concrétiser une directive de Roland Berger qui a recommandé au secteur la mise en place d’une base commune des sinistres financée par les compagnies d’assurances avec des algorithmes de détection de fraude. Un expert relève en substance que les assureurs marocains accuse un grand retard dans la mise en place de processus garantissant la qualité, la pertinence et l’exhaustivité des données qui leur permettent de gérer correctement le risque.
«Pour l’ensemble de ces mesures, nous allons veiller à ce qu’elles soient bien pensées et ciblées pour ne pas porter préjudice aux assurés responsables qui paient leurs couvertures et déclarent de vrais sinistres», insiste le président d’une compagnie.

Les assureurs sont catégoriques : la fraude est à tous les niveaux et explique en partie la forte augmentation de la sinistralité de la branche automobile. Sur la période 2006-2016, les sinistres ont marqué une hausse moyenne de 17% annuellement. Multi-assurance (déclaration du même sinistre chez différents assureurs), souscription à des garanties annexes après la survenance du sinistre, confection de sinistres avec de faux adversaires, nouvelles déclarations de véhicules réformés en circulation…les artifices sont légion. Pour les experts de Roland Berger, la fraude à l’assurance touche différents volets en lien avec toutes les parties prenantes du secteur : experts, intermédiaires, gestionnaires, entreprises d’assistance, garagistes, etc. Toute la chaîne serait touchée par le phénomène dont le coût financier est fatal pour l’équilibre de la branche. Pire, elle est hors champ de toutes les compagnies qui visiblement n’arrivent pas à la maîtriser ni à l’évaluer. Le cabinet s’étonne que la lutte anti-fraude est au stade zéro: elle n’est pas informatisée, reste limitée aux gros dossiers et continue de dépendre uniquement du flair des agents.

À propos Majid FATHI

Directeur Général, à Flash Economie. Funder & CEO, à Eprogiciel. Funder & CEO, à Progiciel France . Directeur de l'institut international des technologies de l'information et de la communication. Auparavant Ingénieur d'étude et de développement à Banque Populaire. Auparavant Directeur du Centre d'etude financiere à Paris. Auparavant Directeur à Crédiatis Paris. Auparavant Co-Founder à 123credit.com vendu à la BNP. Études : Informaticien Systèmes et Réseaux Informatiques à ENS Cachan. Études : Administration et Gestion des Entreprises à CNAM. Études : Informaticien systemes et reseaux à EPITA. A étudié à Moulay Driss Casablanca.

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