Le trafic aérien africain devrait progresser en moyenne de 5,8% par an au cours des vingt prochaines années, soit un rythme supérieur à la moyenne mondiale, selon les nouvelles projections de Boeing. Le constructeur estime que les compagnies basées sur le continent auront besoin de 1.165 nouveaux avions d’ici 2045, tandis que leur flotte passerait de 755 à 1.625 appareils. Présentées le 6 octobre à Marrakech par Shahab Matin, Managing Director Commercial Marketing for Middle East & Africa chez Boeing, ces perspectives font également ressortir des besoins importants en maintenance, en services et en personnel qualifié. Interrogé à l’issue de sa présentation, le responsable est aussi revenu sur la décarbonation du transport aérien et l’émergence de la Chine comme potentiel concurrent de Boeing et Airbus.
Le marché aéronautique africain devrait connaître une croissance plus rapide que celle du secteur à l’échelle mondiale au cours des deux prochaines décennies. Dans son Commercial Market Outlook 2026-2045, Boeing table sur une progression annuelle moyenne de 5,8% du trafic passagers en Afrique, contre environ 4% au niveau mondial.
La flotte commerciale africaine progresserait, elle, de 3,9% par an. Cette dynamique serait notamment soutenue par une croissance économique moyenne estimée à 3,8% par an, mais aussi par les évolutions démographiques et l’urbanisation du continent.
Selon Shahab Matin, plus d’un milliard d’Africains devraient vivre dans des zones urbaines à l’horizon 2037, se rapprochant ainsi des infrastructures aéroportuaires. Les quelque 45 millions d’Africains vivant hors de leur pays d’origine constituent également un facteur de développement du trafic, notamment pour les déplacements familiaux.
1.165 nouveaux appareils sur vingt ans
Cette croissance devrait entraîner une augmentation importante des besoins des compagnies aériennes africaines. Boeing prévoit 1.165 nouvelles livraisons entre 2026 et 2045.
Les monocouloirs concentreraient l’essentiel de la demande, avec 870 appareils, soit 75% du total. Ils devraient notamment accompagner le développement des dessertes domestiques et intra-africaines ainsi que des liaisons vers l’Europe et le Moyen-Orient.
Les gros-porteurs représenteraient 240 livraisons, soit 21% du total, auxquels s’ajouteraient 40 avions régionaux et 15 avions cargo.
Au total, la flotte commerciale africaine passerait de 755 appareils en 2025 à 1.625 en 2045. Le nombre de monocouloirs progresserait de 400 à 1.125, celui des gros-porteurs de 135 à 315 et la flotte cargo de 60 à 150 avions.
Ce mouvement s’accompagnerait d’un renouvellement important. Boeing estime que moins de 125 des 755 avions actuellement en service seront encore exploités en 2045. À cette échéance, 92% de la flotte africaine serait composée d’appareils dotés de technologies plus récentes.
Autre particularité du marché africain : près de 70% des nouveaux avions seraient destinés à accompagner la croissance des capacités, contre environ la moitié à l’échelle mondiale, où le renouvellement des appareils existants représente une part plus importante des besoins.
Le potentiel des liaisons intra-africaines
L’amélioration de la connectivité à l’intérieur du continent constitue l’un des principaux moteurs potentiels du marché. Boeing relève toutefois que l’étendue de l’Afrique, le nombre de pays et le nombre limité d’accords de services aériens ont jusqu’à présent freiné le développement des réseaux intra-africains.
Malgré ces contraintes, ces réseaux ont progressé de plus de 20% au cours de la dernière décennie. Le constructeur anticipe désormais une croissance annuelle de 6,5% du trafic intra-africain, qui serait multiplié par 3,5 d’ici 2045.
Les liaisons entre l’Afrique et le Moyen-Orient progresseraient encore plus rapidement, à 7,1% par an, tandis que le trafic Afrique-Europe augmenterait de 3,4% par an.
La croissance du secteur devrait parallèlement générer des besoins importants en services. Boeing estime leur marché à 140 milliards de dollars sur vingt ans, dont 90 milliards pour la maintenance, 45 milliards pour les services numériques et 5 milliards pour la formation et les services aux pilotes.
Le continent aurait également besoin de 75.000 nouveaux professionnels, soit 22.000 pilotes, 25.000 techniciens et 28.000 membres du personnel de cabine.
Les carburants durables encore confrontés au défi des volumes
Interrogé sur les enjeux environnementaux, peu abordés lors de sa présentation, Shahab Matin a assuré que la réduction des émissions constituait un sujet important pour Boeing.
Le responsable établit notamment un lien entre efficacité économique et performance environnementale. Le carburant constituant l’un des principaux coûts opérationnels des compagnies, réduire sa consommation permet à la fois d’améliorer leur rentabilité et de diminuer les émissions de CO2.
Boeing travaille également sur les carburants d’aviation durables (SAF), même si le constructeur n’en produit pas directement. Shahab Matin reconnaît cependant que leur disponibilité reste aujourd’hui très faible par rapport aux besoins du secteur.
Selon lui, les appareils actuels de Boeing peuvent utiliser ces carburants. Le principal défi consiste donc à augmenter les volumes disponibles tout en réduisant leur coût, afin de permettre une utilisation à plus grande échelle.
La Chine, futur concurrent de Boeing et Airbus ?
L’émergence de l’industrie aéronautique chinoise a également été abordée lors de la séance de questions-réponses. Alors que le marché des avions commerciaux est aujourd’hui largement structuré autour de Boeing et Airbus, Shahab Matin estime que la Chine pourrait, à terme, devenir un troisième concurrent.
Le responsable cite notamment le C919 de COMAC, positionné sur le marché des monocouloirs. Il considère toutefois que le constructeur chinois doit encore franchir plusieurs étapes, notamment en matière de montée en cadence industrielle et de chaîne d’approvisionnement.
Boeing n’écarte cependant pas l’émergence à long terme d’un marché organisé autour de trois grands constructeurs. La demande pourrait favoriser cette évolution : à l’échelle mondiale, Boeing prévoit un besoin de près de 44.000 nouveaux avions commerciaux au cours des vingt prochaines années.
Pour Shahab Matin, l’aéronautique reste néanmoins une industrie plus complexe et davantage réglementée que l’automobile, ce qui devrait ralentir l’arrivée d’un nouvel acteur à grande échelle.
Selim Benabdelkhalek
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